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J'attendais sur un atoll ta lettre chaque semaine. Tu écrivais des choses folles dont tu savais que je raffole. Comme à Rodrigue disait Chimène "Mon cher petit con, je t'aime Mais par cet envoi courtois, ne crois pas que j'aie le mal de toi". Avant, on s'écrivait, maintenant, on se téléphone Des mots sans intérêt comme des grandes personnes. Avant, on s'écrivait de bien jolis mensonges Craquants comme une oronge, légers comme duvet. Tu disais "Mon p'tit salaud, je crois que tu me manques. Je veux un enfant de toi qui ne te ressemble surtout pas. Si tu ne reviens pas, virgule, je crois que je vais prendre un jules Ou partir à Knokke-le-Zoute avec un vieux qui aura la goutte". Avant, on s'écrivait, maintenant, on se téléphone Des mots sans intérêt comme des grandes personnes. Avant, on s'écrivait de bien jolis mensonges Craquants comme une oronge, légers comme duvet. De ta plume à l'encre noire, à petits coups de poignard Tu m'écris "C'est un brave type, il m'aime et il s'appelle Philippe. On se marre et on s'engueule, c'est tout ce que j'ai pu trouver Mais je ne vieillirai pas seule, même si je t'aime à en crever". Avant, on s'écrivait, maintenant, on se téléphone Des mots sans intérêt comme des grandes personnes. Avant, on s'écrivait de bien jolis mensonges Craquants comme une oronge, légers comme duvet. Te souviens-tu de ma lettre, avant de prendre le bateau ? Si tu m'attends pas, Ninette, je me suicide à coups de marteau. Tu étais sur le quai du Havre, dans une jolie robe de deuil. Tu m'as dit "Mon beau cadavre, je veux une place dans vot' cercueil". Avant, on s'écrivait, maintenant, on se téléphone Des mots sans intérêt, comme des grandes personnes. J't'appelle de mon travail et tu as la certitude Que je rentre au bercail, tu en as pris l'habitude. |